« On verra » : l’expression qui décide à ta place

Il y a deux mots qu’on entend partout en France, dans les cuisines, les bureaux et les cafés : « On verra. » On verra pour les vacances. On verra pour le poste. On verra si on déménage, si on se lance, si on en parle. Deux mots doux, raisonnables, presque sages. Et parmi les plus coûteux de la langue.

« On verra » n’est pas une attente. C’est une décision.

Voilà ce que j’ai mis des années à comprendre : il n’existe pas de position neutre. Quand tu dis « on verra », tu ne suspends pas la décision. Tu la prends — en faveur de ce qui existe déjà. Le poste reste le même, la ville reste la même, la conversation reste non tenue. La réalité ne connaît pas la pause. Elle enregistre ce que tu fais, et « rien » est quelque chose.

La différence avec une vraie décision, c’est que celle-ci ne porte pas de signature. Personne ne peut te reprocher d’avoir choisi, puisque tu n’as « rien choisi ». C’est tout l’intérêt de l’expression. Et c’est tout son prix.

Pourquoi ça marche si bien

« On verra » te donne trois choses d’un coup : la paix immédiate (pas de conflit, pas de risque), l’illusion d’ouverture (tout reste possible) et l’absence de responsabilité (ce n’est pas toi, c’est les circonstances). Trois bénéfices, zéro effort. Évidemment que c’est addictif.

Mais regarde ce qui se passe au bout d’un an. Les options que tu « gardais ouvertes » se sont fermées toutes seules. Le poste a été pris par quelqu’un d’autre. Les prix ont monté. La personne a arrêté d’attendre. « Tout reste possible » n’était vrai qu’un temps — et ce temps, tu l’as passé à voir.

Le test

Quand je m’entends dire « on verra », je me pose une question : qu’est-ce que j’attends, précisément, et quand est-ce que ça arrive ? Si j’ai une réponse — un chiffre, une date, une information que je n’ai pas encore —, alors c’est une vraie attente et elle a une fin. Si je n’ai pas de réponse, alors je n’attends rien. J’évite. Et éviter, ça se paie.

Neuf fois sur dix, je n’ai pas de réponse.

Ce qui remplace « on verra »

Pas un grand oui. Pas un grand non non plus. Une date et un prochain pas. « Je décide d’ici vendredi, et d’ici là je passe un coup de fil. » « Je ne sais pas encore, mais je vais chercher le chiffre qui me manque cette semaine. » L’indécision a besoin de flou pour survivre ; une date et un pas la tuent instantanément.

Et parfois, la réponse honnête est non. Un vrai non, dit à voix haute, vaut mieux que dix « on verra » : il libère la place, l’énergie et l’esprit. Le « on verra » occupe tout ça pendant des années, pour rien.

La réalité ne verra pas. Elle a déjà vu. Elle a vu ce que tu as fait aujourd’hui.

Le Travail

  1. Note trois « on verra » en cours dans ta vie. Pour chacun : qu’est-ce que tu attends exactement ?
  2. Pour ceux qui n’ont pas de réponse : fixe une date de décision cette semaine.
  3. Pour un seul d’entre eux, fais un pas concret aujourd’hui, avant d’avoir « vu ».
The Reality Code

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Cet article vient des lois de The Reality Code. L’édition française — Le Code de la Réalité, 40 lois en dix parties — est entièrement traduite et entre les mains de relecteurs natifs. Inscris-toi et tu seras prévenu le premier.

L’original anglais est financé d’abord sur Kickstarter.

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